lundi 15 juin 2015

On n'a pas toujours l'accouchement qu'on désire ni un accouchement de "papier glacé"...

J'ai 2 enfants.
J'ai accouché 2 fois et même après plus de trois ans (pour le premier) je repense à ces moments encore souvent. 


Pendant ma 1ère grossesse j'ai beaucoup lu et j'étais confiante sur l'accouchement : c'était un acte merveilleux, une déferlante de sensation, d'amour et la douleur ne venait que sublimer ce moment. Sans être complètement naïve (quand même...) tous les témoignages que j'avais autour de moi renforçaient cette idée que l'accouchement était comme un moment de plénitude où finalement la douleur était courte et renforçait ce bonheur, que l'accouchement était une étape naturelle et dont on se remettait vite. Et puis j'ai cette "confiance aveugle" en le corps médical, ce personnel qui a fait des longues études spécialisées et qui donc sait mieux que moi ce qui est bien pour moi et mon bébé.


Et puis j'ai accouché... 2 fois. 
A chaque fois j'ai eu des accouchements difficiles, ultra-medicalisés, complètement "dépossédants", culpabilisants et très douloureux.


Pour mon 1er accouchement, le col ne s'ouvrait pas. Sans pouvoir émettre aucun avis, j'ai évidemment eu droit aux piqûres d'hormones et la poche des eaux a été percée pour accélérer le travail (alors que nous n'étions là que depuis 6h...). L'anesthésiste m'a posé la péridurale qui ne fonctionnait que d'un côté et qu'il a donc surchargée pour que je ne souffre pas. Je ne sais donc pas ce que c'est de pousser, d'aider son bébé à sortir, de ressentir la naissance. J'étais même plutôt dans le brouillard, groggy...
Et puis tout s'est accéléré d'un coup et l'obstétricienne a été prévenue en urgence. Je devais pousser mais je ne sentais rien donc on m'a appuyé avec force sur le ventre. Ça n'a pas fonctionné et avec mon mari nous avons vu l'obstétricienne commencer à perdre son sang froid. Elle a ordonné à mon mari de sortir et s'est emparé des forceps.
En fait Emmy n'avait pas la tête bien positionnée; elle était en "OS", elle regardait vers le ciel au lieu d'avoir la tête rentrée dans les épaules et tournée vers le sol. Elle n'arrivait donc pas à sortir. C'est probablement dû à la forme de mon bassin car Éthan était aussi dans cette position.
Ils ont finalement réussi à la tirer et j'ai juste eu le temps de regarder sous la couverture avant qu'ils ne l'emmènent, c'est une fille!
Quand elle est revenue près de moi, Emmy était très calme et ouvrait déjà ses grands yeux curieux. Mais j'ai tout de suite imaginé sa souffrance lors de cet accouchement car qu'elle avait des bleus sur tout le visage et des petites plaies là où les forceps avaient serré. 
Même si elle a été un bébé très paisible à la maternité, une culpabilité immense m'a rapidement envahie et me suit depuis : pourquoi n'ai-je pas réussi à mettre au monde ma fille sans la faire souffrir? 
Cette culpabilité a été renforcée par une douleur qui ne m'a pas quittée pendant presque 18 mois : lors de l'accouchement j'ai eu le coccyx déplacé. Je n'ai pas pu m'asseoir pendant une semaine, chaque mouvement me faisait mal... 
Je m'en suis voulu pendant longtemps d'avoir infligé tout ça à Emmy : l'accouchement, mes douleurs qui m'handicapaient pour prendre soin d'elle.
Je m'en suis voulu aussi d'avoir été tellement naïve et de tomber de si haut dans la réalité de mon accouchement....
Aujourd'hui, à chaque fois que je vois sa petite cicatrice en haut de la tempe droite ("ne vous inquiétez pas Madame, c'est les forceps,c'est normal. Les bébés cicatrisent très vite et elle ne gardera aucune marque"...), j'ai le cœur qui se serre.






Pour l'accouchement d'Ethan je croyais donc être "prévenue", je savais que rien ne se passe comme on se l'imagine ce jour-là. 
Mais je me disais quand même que ce sera plus simple puisque le 2ème accouchement est réputé plus facile et plus rapide...


Pourtant 3 semaines avant terme on m'a annoncé un matin qu'il fallait me déclencher à midi car mes plaquettes avaient chutées sous le seuil critique de 70000 et qu'en dessous de cette limite on ne peut plus faire de péridurale... 
27 très longues heures ont suivi... et rebelote : on me perfuse des hormones mais le col stagne, comme pour Emmy. Cette fois par contre j'avais des contractions douloureuses. Comme la 1ère fois, on m'a fait une péridurale qui ne fonctionne qu'à moitié.


Les équipes qui se sont succédées ont essayé toutes les astuces possibles et imaginables pour que le col s'ouvre.
Après une après-midi et surtout une nuit entière à avoir des contractions inutiles, ils ont enfin décidé de me faire une césarienne, ce qui m'apparaissait alors comme une décision sage car je n'en pouvais plus. 
Je ne m'étais jamais renseignée sur les césariennes. Je savais juste que certaines choisissent la césarienne "par confort" et que ça ne devait donc pas être si "terrible" que ça. Encore aujourd'hui je n'arrive pas à comprendre ce terme ni à envisager qu'une césarienne soit "confortable". Je n'étais jamais allée au bloc de ma vie non plus. La fatigue ne m'aidant sûrement pas, j'ai été terrorisée une fois installée. Les bruits, les sensations de dépossession de soi, le sentiment d'être un animal qu'on ouvre en deux... Le froid et les haut-le-cœur une fois le bébé né et qui laisse un vide. 
Puis pendant 3 semaines, les douleurs de l'utérus qui a subi quasi 24h de contractions puis a été ouvert en deux. 
Encore une fois cette culpabilité de n'avoir pas réussi, de ne pas savoir les mettre au monde correctement alors que ça semble si facile pour tant d'autres...
Encore une fois cette douleur qui m'empêche d'en profiter pleinement.
Encore une fois ce sentiment d'échec même si je me dis qu'au moins cette fois j'ai été la seule à souffrir...
Encore une fois ce regret de ne pas avoir "vécu" cette naissance, de ne pas avoir su accompagner Éthan dans sa venue au monde...




Aujourd'hui les médias présentent l'accouchement comme une chose simple, banale et dont on se remet hyper rapidement. L'accouchement idéalisé par voie basse, assez rapide et avec peu de douleur devient sinon la règle, du moins ce qui est attendu de toute "bonne mère". 
Seuls les accouchements dignes de feuilleton sont mis en avant et les stars qui récupèrent en 1 semaine (poids, silhouette et fatigue) deviennent presque des références. 
Les cours de préparation à l'accouchement ne disent rien sur l'après-accouchement pour la mère, ne préviennent pas des souffrances post-naissance et aborde peu la césarienne si elle n'a pas été prévue longtemps à l'avance.
J'aimerais (j'aurai aimé) que l'on respecte tous les accouchements pour ne pas avoir ce ressenti de "j'ai raté quelque chose". L'accouchement est naturel certes mais il reste un acte difficile, un bouleversement physique complet et qui laisse des traces, dans tous les cas.
Je culpabilise encore aujourd'hui et quand je vois par exemple des Kate se dandiner le lendemain de leur accouchement, ça n'aide pas.  

10 commentaires:

  1. Tellement vrai et en même temps tellement dur de lire cet article. Il me bouleverse. Malheureusement il faut du temps avant que les mentalités et façons de faire changent. Notre seul réconfort aujourd'hui sont nos enfants en bonne santé

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  2. Et leurs sourires au quotidien. Je pense qu'on fond de nous on gardera toujours ce sentiment de culpabilité. Des bisous et félicitations d'avoir eu ce courage que je n'ai pas du tout aujourd'hui

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    1. J'ai beaucoup pensé à toi en rédigeant cet article. Pas facile de mettre ça par écrit, il y a tellement de choses, de sentiments que je voudrais exprimer et en même temps très difficile de se confier là-dessus. Je n'ai pas réussi d'ailleurs à tout dire mais ça fait du bien de poser tout cela en mots.
      Merci de ton commentaire.

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  3. Quels accouchements ! Quand je vois la photo de ta petite Emmy, je repense à ma Colombe et ses tuyaux dans la bouche... C'est dur de voir son tout-petit pour la première fois, si fragile et qui pourtant vient de subir tant de douleur... Et on nous montre des "Kate" toutes pimpantes et fraîches, au cours d'accouchement on nous explique l'accouchement idéal et quand on évoque les complications on nous rappelle que c'est "exceptionnel" ! Pourtant après coup on se rend compte qu'on n'est pas si exceptionnelle quand on a vécu des complications... Mais à cause de ce manque de préparation on culpabilise de n'avoir pas su !
    Comme je l'ai dit dans mon article je ne pense pas qu'il y ait des femmes qui sachent accoucher et d'autres non. Toi et moi avons fait tout ce que nous pouvions pour nos enfants, jusqu'à lâcher prise et laisser l'équipe faire à notre place.
    Ne culpabilise pas. La nature t'a obligée à faire bien plus que toutes les "Kates" du Monde, ne serait-ce qu'en t'obligeant à voir tes enfants souffrir !

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    1. J'avais lu ton article pendant que je rédigeais celui-ci. Tes mots étaient si bien choisis... C'est très difficile d'exprimer tout ce qu'on ressent, tous ses sentiments qu'on a traversés et qu'on traverse encore... Merci de ton passage et de ton commentaire!

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  4. hou la la terriblement touchant cet article et la réponse de ta soeur ! Mettre au monde un enfant n'est pas une mince affaire ! Je comprends tout à fait ton ressenti pour l'avoir plus ou moins vécu! je me dis aussi que j'aurai dû en tant que mère vous mettre plus en garde toi et ta sœur ! En même temps je ne me sentais pas le droit de ternir votre grossesse, de gâcher cet épanouissement qui vous habitait pour vous faire entrer dans une peur, ma peur ( et je l’avoue, j’ai chaque fois été morte de trouille) alors qu’il était aussi possible que cela se passe bien donc j'ai dit mais sans insister mais est-ce pas vraiment le rôle des mamans de faire peur à leur filles ? Je regrette aussi notamment quand il y a urgence, sinon de gros progrès ont été fait, le non-dit médical, le non respect de la mère, de l’enfant ! on est passé d’un acte très médical et sans dimension humaine où il était normal d’accoucher dans la douleur à une conception idéalisée d’un accouchement peace and love présenté comme devant être la règle sauf qu’en ce domaine il n’y a point de règle et qu’il faudrait plus insister là-dessus , oui tout peut être bien et c’est bien de le dire et d’œuvrer dans ce sens mais cela peut être aussi bien plus difficile et dans ce cas jamais jamais la maman ne doit se sentir dépossédée, coupable et là le personnel médical a un rôle d’accompagnement à jouer c’est sûr, alors que souvent la maman se retrouve abandonnée après cette naissance si différente de celle rêvée et attendue ! Le bébé étant là, on laisse les mamans seules ! Oublié la violence, la douleur , la peur , les risques encourus, la maman se retrouve démunie, fatiguée, vidée face à tout ce chamboulement perturbant et on lui demande quand même d’être épanouie , comblée, de suite maternante etc etc ! pas si facile après une naissance difficile mais il y a tant d’a priori en ce domaine !!! les filles, vous avez eu très vite, pour vos bébé les mots justes et aimants pour leur dire leur naissance, leur confier tout votre ressenti, les délivrer de leur souffrance, et ainsi leur restituer leur naissance et les libérer de ce poids ! alors maintenant j’espère que cet article sera l’ultime thérapie pour vous ! Vos loulous, regardez les vivre, sourire, rire, être heureux, bien dans leur peaux, aimant et aimés et surtout surtout laisser partir toute culpabilité qui n’a pas lieu d’être, vous êtes des mamans géniales les filles et même si c’est un peu plus tard ,vous avez bien mis au monde des enfants heureux !!

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    1. Merci. Je n'aurai sûrement pas réussi aussi bien sans tous tes conseils et surtout sans ta présence rassurante et aidante à chaque fois que je suis rentrée de la maternité. Ca m'a apaisée et ça a aidé tout le monde à chaque fois, donc encore merci.

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    2. Merci également maman. Heureusement être maman ne se résume pas a un accouchement et une seule émotion. Au quotidien, cela se traduit par des sourires, des éclats de rire et surtout beaucoup d'amour et de joie. Au fond c'est cela l'essentiel. Et nos enfants savent que le jour de

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    3. De leurs naissances leurs mamans ont donne le meilleur d'elles mêmes. Bisous

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    4. Oui, heureusement qu'ils nous font vite oublier tout ça!

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Merci de me laisser un petit mot, ça me fait plaisir de vous lire! A bientôt.

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